Toute évolution politique, économique, sociale et intellectuelle modèle la substance de l’enseignement lequel dans chaque société comporte et transmet des valeurs, coutumes, traite d’un ensemble de connaissances, compétences et cherche à armer les jeunes générations à mieux affronter le monde de demain, le monde des adultes. Les grandes mutations profondes de notre société d’aujourd’hui, la mondialisation, l’explosion des connaissances et l’évolution des sciences éducatives exigent, dans un sens de rigueur et d’efficacité que les jeunes mauritaniens bénéficient d’un enseignement de qualité.
Le système éducatif mauritanien jalonné de plusieurs reformes scolaires, a connu certes des progrès quantitatifs de scolarisation mais présente toujours certains disfonctionnements d’inefficacité interne et externe et ce, malgré la reforme de 1999 et la mise en place d’un plan national de développement du système éducatif en 2001 (P N D S E).
Le diagnostic du dernier « R E S E N » met en évidence une trop faible relation entre les moyens mobilisés et les résultats obtenus avec notamment, une faible rétention des élèves du fondamental, une forte déperdition scolaire au secondaire dans les milieux ruraux et un taux de chômage relativement élevé parmi les sortants de l’université de Nouakchott .
Ce constat précise également, la faiblesse de la performance gestionnaire du système avec un degré notable d’incohérence dans les allocations de moyens financiers, notamment ceux alloués aux personnels, ce qui a entraîné un impact négatif quant à l’espoir des réalisations stratégiques des macro objectifs éducatifs retenus.
La volonté politique du gouvernement de mettre en place en 2012, une commission chargée d’organiser des états généraux de l’éducation, a permis de présenter une nomenclature autour de laquelle des suggestions et recommandations devraient permettre de concevoir un système éducatif plus adapté, plus performant , plus conforme et intégré aux spécificités régionales, et aux réalités nationales .
Cette nouvelle volonté politique s’est traduite de manière positive officiellement par la suppression du ministère d’Etat à l’éducation, structure très lourde, complexe ainsi qu’inefficace, et la création de trois ministères répondant aux spécificités de chaque ordre d’enseignement, le ministère de l’enseignement fondamental, le ministère de l’enseignement secondaire et le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Cette volonté politique doit être accompagnée de moyens financiers nécessaires, de ressources humaines compétentes et de stratégies éducatives appropriées aux besoins et objectifs assignés à chaque ministère. La création de ces trois ministères répond à l’attente largement formulée, par tous les éducateurs des différents ordres d’enseignement ainsi que la société civile, dans les recommandations des états généraux de l’éducation tenus du 3 au 6 février 2013.
La mise en place d’organigrammes, de structures départementales et régionales appropriés aux besoins et spécificités de chaque ministère , l’adhésion et l’implication de tous les partenaires éducatifs, le bon choix des nouveaux responsables sont parmi les multiples premiers défis à relever par nos illustres ministres , en ce début d’année scolaire 2013 – 2014 .
La création du ministère de l’enseignement fondamental s’inscrit de manière positive, dans l’application d’une politique éducative pragmatique pouvant et devant assurer une éducation de base de qualité, tremplin et garante de toute efficacité et réussite d’un système éducatif. Plusieurs pays du monde l’ont appliquée, en mobilisant les moyens nécessaires et ont réussi à asseoir des Systèmes éducatifs performants, le Japon, la Suisse, la Tunisie, le Cameroun à titre d’exemple.
En Mauritanie, les moyens ont toujours été mobilisés mais le choix des principaux responsables de l’éducation a toujours été fait selon les bonnes affinités tribales, régionales, politiques et autres. Aucun profil ni critère de compétence ne sont pris en compte dans ce choix.
Le parachutage, nomination de professeurs du supérieur à des postes de responsabilité au secondaire, de professeurs du secondaire dans la gestion et le pilotage de départements du fondamental, d’écoles normales d’instituteurs ne répondent nullement à aucune déontologie administrative ni à aucun souci d’efficacité ni de réussite des actions éducatives entreprises.
Nommer des responsables dans des ordres d’enseignement qu’ils méconnaissent complètement , est l’une des principales causes de l’échec de l’enseignement depuis deux décennies sous l’ancien régime.
Les professionnels de chaque ordre d’enseignement, doivent être largement impliqués dans la conduite de toute politique éducative relevant de leur département .Créer le ministère de l’enseignement fondamental, afin d’asseoir une éducation de base de qualité, sans pour autant que ses différents cadres ne soient impliqués dans sa gestion et son pilotage, serait l’erreur fatale dans laquelle se trouvait et se trouve malheureusement cet ordre d’enseignement depuis la création des DRENS en 2003.
Depuis la première reforme du système éducatif mauritanien en 1959 jusqu’en 2003 , l’enseignement fondamental a toujours été géré, piloté au niveau central et régional par des inspecteurs de l’enseignement fondamental, des professionnels et administrateurs de l’éducation, cadres supérieurs qui ont bénéficié de formations universitaires académiques et professionnelles de qualité en Mauritanie et à l’étranger .C’est dans cet ordre d’idée, que la création de ces trois ministères doit s’inscrire.
La mise en place également de cette nouvelle stratégie de politique éducative nationale, doit s’atteler à l’amélioration d’une offre éducative plus adaptée au fondamental, promouvoir l’équité au secondaire, en jugulant la forte déperdition scolaire des élèves de milieux ruraux, au renforcement de la qualité de l’enseignement, au renforcement de l’efficacité interne et externe du système, et surtout à l’amélioration, le renforcement de la gestion et le pilotage de chaque ordre d’enseignement.
Nul doute que la mise en application d’une telle politique, est de nature à contribuer aux renforcements des capacités nationales de conception, d’élaboration, d’exécution , de suivi et d’évaluation de politiques éducatives sectorielles ,ainsi qu’au renforcement des compétences professionnelles de l’ensemble du personnel impliqué dans cette nouvelle politique éducative .
Cet article s’inscrit dans le cadre du lancement des activités de l’association, Bouchra, des inspecteurs de l’enseignement fondamental qui par l’occasion, expriment leur entière adhésion et soutien à la bonne volonté politique du président de la république Mohamed Ould Abdel Aziz pour cette nouvelle orientation stratégique du système éducatif mauritanien, qui est et sera toujours au centre de toute la problématique de développement économique et social de notre pays.
El Hadj Mamoune N ‘Diaye
Inspecteur enseignement fondamental
Ancien DREN
Source : Khalil Sow /Cridem.org