Le secteur pharmaceutique national a de quoi inquiéter depuis que le métier de pharmacien s’est ouvert aux non professionnels. Résultat : quiconque, qu’il soit ou non professionnel peut tenir un commerce de médicaments à condition toutefois de respecter certaines lois et règlements non écrits de la DPL en la matière.
Plus d’une semaine que nous cherchons à joindre le patron de la Direction de la Pharmacie et des Laboratoires mais impossible de le joindre. A chaque fois son secrétariat nous répète sans cesse qu’il est absent quand ce n’est pas pour dire qu’il est en réunion au ministère.
En fait, le discours semble rodé pour éconduire des journalistes qu’il évite de rencontrer, surtout ceux qui sont bien au fait du secteur de la pharmacie.
Et justement à ce sujet, Nouakchott connaît aujourd’hui, une grande prolifération de pharmacies à tout coin de rue. Il est loisible de le constater sur la grande avenue Gamal Abdel Nasser. En face du Centre National de Cardiologie (CNC) à côté de l’hôpital Sabah, se construit une nouvelle pharmacie appelé Virdous.
Le chantier n’est pas fini encore. Dans les quartiers périphériques, Il est tout simplement scandaleux ce qui s’y passe dans les pharmacies ! Du n’importe quoi au mépris des règles élémentaires régissant la profession de pharmacien.
Les ventes de médicaments se font comme du commerce de détail en boutique et très souvent le « wagaf » fait appel à des infirmiers ou fille de salle pour lire le nom d’un médicament. Combien d’accidents dus à de mauvaises prescriptions médicales ou erreurs de diagnostic et de médicaments ?
Difficile de les quantifier en l’absence de statistiques mais elles sont nombreuses et quasi quotidiennes dans ces pharmacies qui, souvent, servent d’officine de consultation pour les malades. Une rude concurrence à l’arnaque des patients sans défense qui aurait dû interpeller les consciences, le ministère de la santé en tête.
Que fait la DPL pour faire respecter la réglementation en vigueur ? Et l’inspection générale de la santé, joue-telle pleinement son rôle. Ould Jelvoune qui a remplacé Bâ Housseïnou Hamady au département ministériel de la santé ne semble pas se préoccuper de la dégradation très avancée de notre secteur pharmaceutique nationale.
L’ex ministre a eu le mérite de commanditer une étude sur la problématique mais a manqué de courage pour passer à la mise en œuvre des recommandations. Le constat sur le terrain amène à poser la question suivante : l’Etat mauritanien est-elle incapable de faire respecter ses décisions ?
Ou alors ses structures de contrôle ne seraient elles que des coquilles vides où l’argent est roi ? A en croire de hauts fonctionnaires en poste au ministère, la corruption, le clientélisme, le népotisme ont largement gangrené le secteur de la santé au point qu’aujourd’hui rien ne semble arrêter le phénomène qui de mal en pis.
Du sérieux à l’anarchie
Il est à noter que depuis l’indépendance jusqu’à nos jours, ce secteur a connu des évoluions graduelles mouvementées. Des évolutions qui ont fini par ouvrir le secteur à un commerçant du fait de ses liens supposés ou réels à l’autorité sanitaire de l’époque. C’était à l’époque du régime de Mohamed Khouna Ould Haïdallah.
Une loi datée du 14 juillet 1983 est prise par le CMSN donnant la possibilité à des non pharmacien de créer des officines de pharmacie à condition que la gestion technique soit assurée par un pharmacien attitré. La suite c’est connu. En 1987, le premier grossiste privé CODIPHAR est créé par un non pharmacien.
En 1988, la loi de 1987 est reprise, supprimant toute entrave aux investisseurs privés non pharmaciens, mais rend obligatoire la présence d’un pharmacien professionnel comme responsable technique. Voilà comment la boîte de pandore s’est ouverte à des investisseurs véreux, sans foi ni loi ignorant tout de la profession de pharmacien.
La charrue avant les bœufs pourrait-on écrire, puisque ce n’est qu’une fois l’entourloupe jouée, qu’interviendra la création du premier Conseil de l’Ordre professionnel en 1993. Elle ne pouvait intervenir avant de crainte que l’Ordre ne s’oppose aux visions tordues des autorités sanitaires de l’époque.
C’est toute une histoire l’approvisionnement du pays en médicament. Au départ il y avait la pharmacie mauritanienne d’approvisionnement (PARMAPRO) qui s’occupait de l’approvisionnement gratuit des centres de santé et du premier et unique Centre Hospitalier National (CHN) qui existait à l’époque.
Puis en 1976, le secteur de la pharmacie a été nationalisé avec la création d’un « Office National de la Pharmacie ». Il est chargé exclusivement du monopole de l’importation et de la distribution de médicaments jusqu’en 1984.
Cette période a connu ses années de succès avant que la gestion n’évolue vers une gestion défaillante marquée par de nombreuses ruptures de stocks, tant et si bien que les populations allaient acheter les médicaments au Sénégal.
En 1981, la libéralisation du secteur puis sa privatisation intervient. Pour se faire, le CMSN prend une ordonnance le 10 février de la même année, privatisant les médecins, les pharmaciens, les chirurgiens-dentistes. Mais durant deux ans, (1981 à 1983), l’inertie de l’administration a fait qu’aucune pharmacie n’a été créée. En août 1984, s’ouvre alors la première pharmacie privée.
Pendant ce temps, le secteur public distribuait gratuitement les médicaments dans les formations sanitaires. Peu à peu, l’Office se délestait de la vente au détail aux pharmacies privées et ouvrait son capital aux privés pour se transformer en Société d’Economie Mixte : mais cette offre ayant été refusée par les privés, l’Office se dissout en juillet 1987, ne laissant plus la place qu’au secteur privé.
Signalons que dans le secteur public, l’introduction de l’Initiative de Bamako en 1987 avec le système de recouvrement des coûts a mobilisé en interne d’importantes ressources financières et offert un soutien important au système de santé dans sa globalité.
L’expérimentation avec succès de l’initiative de Bamako dans deux districts (Ouad Naga au Trarza et Kankossa en Assaba), signale t-on, a entraîné sa généralisation prématurée en une année (de1992 à 1993) à tout le pays à cause des pressions politiques. La Direction de la Pharmacies et du Médicament(DPM) s’occupait alors de l’approvisionnement des formations sanitaires publiques.
Mais en 1994, ne pouvant plus satisfaire les demandes, les ruptures de stocks de médicaments furent de plus en plus fréquentes et eurent raison de cette initiative.
En effet, l’offre limitée par rapport à une demande galopante, les faibles capacités de transport et de stockage des médicaments essentiels (ME), le manque de disponibilité de devises contrastant avec des avoirs en trésor substantiels entraînèrent des ruptures de stock de médicaments de plus en plus fréquentes.
Du coup le secteur de la pharmacie bat de l’aile au grand bonheur de gros opérateurs privés nationaux qui ont fait main basse sur le marché du médicament. Conséquence : ils dictent leur loi, agissent comme bon leur semble, introduisent toutes sortes de médicaments grâce aux différents réseaux terrestres, aériens et maritimes mis qu’ils ont mis en place à cet effet.
Moussa Diop
Source :www.cridem.org
Date : 01-08-2013