La Silicon Valley s’empare de la question de la lutte contre la pauvreté au travers de ses innovations technologiques. Cependant, vouloir créer de la croissance avec des ordinateurs et des connexions internet n’est pas forcément la meilleure manière d’aider les pays en voie de développement.
Atlantico : Parmi les initiatives représentatives de la lutte contre la pauvreté initiée par les entreprises high-tech américaines, on trouve le projet « One laptop per child » (un ordinateur par enfant) et le Soccket, un ballon de football contenant une batterie qui se recharge en 30 minutes de jeu pour fournir plusieurs heures de lumière à une famille. Ces innovations permettront-elles d’aider les populations les plus pauvres à se développer, ou bien ne s’agit-il que d’un « pansement » ?
Charles Kenny et Justin Sandefur : Où que ce soit, l’innovation est nécessaire au développement et à l’amélioration de la qualité de vie. La pasteurisation ou le moteur à combustion interne étaient des innovations. Mais toutes ne se valent pas. Il s’avère, suite à des évaluations, que le programme « One Laptop per child » n’a eu que peu d’effet sur l’apprentissage des enfants. Le ballon Soccket, quant à lui, coûte dix fois plus qu’une lampe à énergie solaire qui, elle, peut fournir de la lumière sans qu’il soit besoin de taper dedans pendant une demi-heure. L’innovation prise dans son ensemble constitue une force immensément puissante, mais dans le même temps, beaucoup de petites inventions seront toujours vouées à l’échec. D’où l’importance de l’expérimentation, qui permet de déparer les placebos des idées à fort potentiel.
Bill Clinton lui-même a qualifié le ballon Socket de grande invention pour les populations pauvres et retirées. Comment expliquez-vous la médiatisation de ces inventions high-tech censées aider, et celle-ci est-elle justifiée ?
Soccket, c’est une histoire qui flatte les bons sentiments. Deux jeunes et brillants étudiants sortis de Harvard inventent une technologie faisant se rencontrer loisir et utilité, pour tenter de faire face à un défi de développement mondial et pressant. Encore une fois, la technologie contribue effectivement à améliorer les conditions de vie des populations pauvres partout dans le monde. Il devrait par conséquent y avoir davantage de couverture médiatique de ces défis et des solutions qui se présentent. Ce battage devrait cependant porter sur la réalité, et non sur des technologies portées aux nues alors qu’elles n’ont encore rien prouvé sur le terrain.
Dans leur récent ouvrage The Nex Digital Age, Eric Schmidt, patron de Google, et Jared Cohen, directeur du think-tank affilié au moteur de recherche, estiment qu’en donnant un accès internet aux 5 milliards d’individus qui aujourd’hui vivent déconnectés, la croissance mondiale s’en verrait considérablement accélérée. Cette théorie est-elles exacte ?
Cette projection est sans fondement, et pour le prouver il suffit de se représenter deux cas de figure :
Tout d’abord, remontons 20 ans en arrière, lorsque personne n’avait internet. Si l’on suit la même prédiction (selon laquelle connecter les gens aurait pour effet de rapidement accélérer la croissance économique et le développement), rien n’indique que ces deux dernières décennies la croissance économique ait été particulièrement plus rapide dans les lieux connectés qu’ailleurs.
Source : www.atlantico.fr