Pratiquement deux ans après leur annonce par le président de la République, les assises nationales des Etats Généraux de l’Education et de la Formation (EGEF) ont pu être, enfin, organisées. C’est le Premier ministre, le docteur Moulaye Ould Mohamed Lagdaf, qui a supervisé leur lancement, le dimanche 3 février 2013, au Centre International des Conférences de Nouakchott (CICN).
Les participants venaient des quatre coins du pays, de l’appareil central du département de l’Education, de l’Association des parents d’élèves, de la société civile, des gestionnaires du système et, dans une moindre mesure, des hommes de terrain : enseignants des divers ordres et encadreurs.
Pendant quatre jours, plus d’une centaine de personnes ont réfléchi, sous la modération et l’orientation d’une dizaine d’experts et de spécialistes de la problématique éducation/formation, aux voies et moyens susceptibles de redorer le blason, très terni, du système éducatif mauritanien.
Un système chahuté
Tous les Mauritaniens s’accordent à dire que le système éducatif national va mal. C’est peut être la seule chose sur laquelle ils sont tous unanimes. Rien n’a pu entamer cette déplorable harmonie. Et ce n’est pas le discours flatteur et idyllique du ministre d’Etat à l’Education, à l’ouverture des travaux, qui y parviendra. Les faits sont si flagrants que la langue de bois et l’appréciation politicienne n’y peuvent rien.
Le lointain et le proche constatent que l’opération pédagogique est un véritable échec. D’ailleurs, « Un témoin de chez elle a témoigné ». Le Premier ministre lui même a reconnu que rien ne va, dans le domaine de l’éducation, et que c’est parce que ça ne va pas que ces assises sont organisées, pour que, justement, ça aille mieux. Il ne s’agit pas de toiletter mais bien de récurer en profondeur un secteur extrêmement important, qui emploie près de 19 000 fonctionnaires, c’est-à-dire quelque 50% des effectifs totaux de la fonction publique mauritanienne.
De gros défis et d’énormes difficultés
Traditionnellement, évoquer les problèmes du système éducatif consistait à égrener un interminable chapelet de constats : baisse du niveau des élèves, absentéisme des enseignants, inexistence ou dégradation des infrastructures, très faible taux de réussite aux examens nationaux, taux très élevé d’abandons et de déperditions, et patati et patata et quoi encore ? Les problèmes de fond, les vrais, sont ignorés ou occultés.
C’était encore le cas, au cours de ces journées de concertation où la charnière centrale, le pivot de toute l’opération, le maître, l’enseignant, dans le sens général du terme, était pratiquement absent des débats. Or, tant qu’il ne sera pas fondamentalement impliqué, rien ne marchera. C’est lui qui connaît, mieux que quiconque, les réalités du terrain, ses contraintes et ses insuffisances.
C’est son diagnostic qui doit servir de base à l’appréciation d’ensemble de toute la problématique. Des problèmes comme l’injustice dans les promotions et les affectations ; des déficiences dans la gestion des carrières et la réactualisation des compétences et des savoirs, la formation initiale et continue, les ressources humaines et les curricula ; ne peuvent pas être passés sous silence. En cette attitude, on ne peut prétendre relever les défis pour booster l’enseignement et le revaloriser.
Même si, de l’avis de divers participants, les EGEF ont, globalement, dressé un diagnostic quasiment exhaustif de la lamentable situation du système éducatif mauritanien, la question centrale reste de savoir quand et comment les nombreuses recommandations issues de ces assises vont-elles commencer à être mise en œuvre, suivant quels mécanismes et quelles stratégies, et par quels appareils des innombrables cellules que compte le tentaculaire département du ministère d’Etat dont dépendent trois ministères délégués.
Une question politisée
La Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) a, tout simplement, refusé de participer à ces rencontres. Preuve, s’il était besoin, que la problématique d’un système éducatif déficient est passée d’une histoire technique et pédagogique à une affaire politique manipulée à souhait par les acteurs de cette scène. Il y a un an, l’Union Pour la République a rédigé son document en vue des EGEF.
D’après certaines indiscrétions, la Commission Nationale des Etats Généraux(CNEG), dont le président et les membres ont été cooptés plus sur la base de critères d’appartenance politique que sur de réelles compétences professionnelles et techniques, aurait quasiment validé le texte du parti au pouvoir qu’ils ont proposé comme base de travail, avec quelques petites retouches symboliques.
C’est pourquoi, confie un participant, les débats ont beaucoup tourné autour de la promotion de l’enseignement des matières scientifiques et de l’adéquation de la formation au marché du travail, deux thèmes chers et répétés, à tout va, par le chef de l’Etat. De même, la question de la prééminence de la langue arabe a focalisé l’attention des participants issus des obédiences arabistes.
Et, parallèlement, celle de l’enseignement des langues nationales n’a été abordée que d’un strict point de vue politique. Les grandes approches et considérations techniques et pédagogiques, essentiellement liées à l’adaptation des méthodes et à leur contexualisation, à la qualité des contenus et aux modalités adéquates de la formation continue des enseignants et des encadreurs, ont pratiquement été mises en veilleuse.
Et après ?
Deux ans que l’institution des EGEF est installée, avec un important budget et des membres généreusement rétribués. Beaucoup d’argent a été distribué, pour des expertises en tous genres, des études sur tous les ordres de l’enseignement, des séminaires au profit de ceux qui devraient piloter l’opération de réhabilitation, des voyages un peu partout dans le monde, pour s’inspirer de l’expérience d’autrui, des ateliers régionaux et des assises nationales, au Palais des congrès, du 3 au 6 février 2013.
La famille éducative a fondé beaucoup d’espoirs, sur ces rencontres nationales de l’Education et de la formation. Quelle en sera la prochaine phase ? Celle, très importante, de la mise en œuvre des recommandations issues de ces assises. Quels en seront les maîtres d’œuvre ?
Les stratégies et les approches par lesquelles les experts et autres concepteurs traduiront, de la théorie à la pratique, les réflexions et les représentations qui redonneront de l’éclat et de la crédibilité au système éducatif national ? Autant de questions dont la réponse déterminera la véritable issue des EGEF pour lesquels l’Etat a mobilisé tant d’argent ; utilement ou…inutilement. Attendons de voir.
« Ce n’est pas comme ça que se mange l’omoplate »
Les très attendus Etats Généraux de l’Education et de la Formation (EGEF) sont entrés dans leur phase d’assises nationales, le dimanche 3 février 2013, auPalais des congrès de Nouakchott. Le lancement s’est fait sous le patronage du Premier ministre. Des chercheurs, des associations de parents d’élèves, des organisations de la société civile, de prétendus spécialistes de l’éducation, quelques acteurs de terrain (inspecteurs, professeurs, instituteurs) et des responsables centraux et régionaux ont été conviés à réfléchir aux jalons de la réhabilitation d’un système éducatif à l’agonie depuis la fin des années 80.
Ces rencontres nationales interviennent après les ateliers régionaux qui ont permis de présenter, à des centaines de participants, la nomenclature initiale autour de laquelle suggestions et recommandations devraient permettre de concevoir un système éducatif plus adapté, plus performant et plus conforme aux spécificités et aux réalités nationales. Evidemment, la question est si complexe que ce n’est pas en deux ou trois jours que la solution sortira, miraculeusement, des tréfonds d’un Palais des congrès rempli, selon S.S., un vieil instituteur à la veille de la retraite, « de participants dont la majorité n’a rien à voir avec le domaine de l’éducation. […]
Que le Président aille à Tichitt pour donner le coup d’envoi d’un festival, certes important, et qu’il ne daigne même pas prendre la peine de venir superviser l’ouverture des travaux d’une rencontre non moins importante, qui réfléchit sur l’avenir de près de dix-neuf mille fonctionnaires, n’est pas encourageant pour la suite qui sera donnée aux conclusions de ces travaux », déclare avec amertume M.D.L., un inspecteur de circonscription venu de la Mauritanie des profondeurs…
Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie) via www.cridem.org
Date : 20.02.2013